Pendant la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA, République dominicaine 2024™, notre équipe Analyse des performances et tendances du football a remarqué qu’une part plus importante de coups francs que de corners a débouché sur un tir. À noter que seuls étaient comptabilisés les coups francs impliquant la présence de défenseures centrales de l’équipe à la manœuvre dans les 30 derniers mètres. En ce qui concerne l’issue de ces actions, 3,5% des corners ont abouti à un but contre 2% pour les coups francs.
Au football, un seul but peut suffire pour l’emporter, ce qui justifie en soi de travailler les coups de pied arrêtés à l’entraînement. Sur les dix buts marqués sur corner durant cette compétition, cinq ont été décisifs puisqu'ils ont permis à l’équipe concernée d’obtenir un match nul ou une victoire. De leur côté, les trois coups francs ayant débouché sur un but ont été décisifs.
Au total, les buts inscrits sur corner et sur coup franc ont représenté 13,8% de l’ensemble des buts marqués (soit un but sur sept). Ce taux est de 10% pour les corners seuls.
Il est intéressant de noter que 11 des 13 buts inscrits sur coups de pied arrêtés l’ont été en phase 1 (85%), ce qui met en évidence l’importance d’arriver en premier sur le ballon, aussi bien pour l’équipe qui attaque que pour celle qui défend. Précisons également que 88 des 121 tirs suite à un corner et que 66 des 73 tirs consécutifs à un coup franc ont été tentés en phase 1.
D’après Vanessa Bernauer, « il est clair que les équipes se sont très bien préparées aux phases arrêtées. Dans le football moderne, les coups de pied arrêtés sont souvent décisifs, surtout face à des défenses bien organisées. La Pologne a fait des phases arrêtées l’un de ses points forts, comme le montre sa réussite dans ces situations. Chaque coup franc et chaque corner étaient l’occasion de voir ce que les Polonaises allaient proposer ».
TYPES DE CORNERS ET ZONES RECHERCHÉES
Une analyse du déroulement des corners offensifs nous a permis de mettre en évidence une augmentation de 6 points de pourcentage dans l’utilisation de corners courts (25% de l’ensemble des corners, contre 19% lors de Inde 2022). Il ressort en outre que les équipes qui menaient au score ont effectué 31% de corners courts, contre 26% chez les équipes menées.
Toutefois, seuls 22% des corners courts ont débouché sur un tir, contre 44% pour les corners adressés directement dans la surface de réparation. Par ailleurs, 2,7% des corners courts ont abouti à un but (1 sur 37), contre 3,3% des corners adressés dans la surface (1 sur 30). Il convient ici de noter que l’objectif lié à un corner offensif n’est pas toujours de marquer.
Pour certaines équipes, le corner court était un choix tactique assumé. Comme l’a noté Vanessa Bernauer : « Toutes les équipes n’ont pas utilisé l’option du corner court, mais les équipes qui l’ont utilisé l’ont fait de manière systématique, ou presque. Certaines équipes ne disposaient pas de bonnes centreuses, mais comptaient en revanche dans leurs rangs des joueuses à l’aise avec le ballon. Elles ont donc préféré jouer les corners à deux et provoquer les défenseures balle au pied plutôt que de viser la surface. C’était très intéressant. »
Si l’on se penche sur les corners tirés directement vers la surface de réparation, 105 (49%) étaient rentrants, 70 (33%) étaient sortants, 31 (14%) étaient des balles en cloche et 72% ont été tirés du pied droit.
Les corners sortants ont particulièrement réussi à l’équipe à la manœuvre. En effet, c’est sur ce type d’action que l’équipe en attaque est arrivée le plus souvent en premier sur le ballon (51%) et qu’elle a enregistré le taux le plus élevé de tirs (42,9%) en phase 1. Par comparaison, l’équipe en attaque n’est arrivée la première sur le ballon que sur 20% des corners rentrants, lesquels n’ont débouché que sur 25,7% de tirs en phase 1.
Les corners en cloche sont particulièrement intéressants dans la mesure où ce sont ceux qui ont généré le plus de tirs et qui présentent le taux de conversion le plus élevé. Sur les 31 corners tirés de la sorte, 11 (35,5%) ont abouti sur un tir, avec trois buts marqués à la clé (soit un taux de conversion de 27,3%, bien au-dessus des taux sur corners rentrants et sortants, respectivement à 3,4% et 9,1%).
PREMIER CONTACT
L’analyse de l’endroit où les corners ont été adressés a permis de faire ressortir certaines tendances. À noter que, à des fins des simplification, nous avons systématiquement représenté des corners bottés de la gauche du point de vue de l’équipe à la manœuvre. Les corners rentrants ont le plus souvent été adressés au niveau du premier poteau, tandis que les corners sortants étaient davantage orientés à hauteur du deuxième poteau, entre la surface de but et le point de penalty.
Comme nous l’avons mentionné, 11 des 13 buts inscrits sur coups de pied arrêtés ont été marqués en phase 1. Or, le graphique ci-dessous indique que la zone totalisant le nombre le plus élevé de premiers contacts avec le ballon sur corners sortants est aussi la zone depuis laquelle le plus de tirs ont été tentés (18) et le plus de buts marqués dans l’exercice (3). Il est intéressant de noter que la zone où le deuxième plus grand nombre de tirs ont été tentés (17) est située en dehors de la surface de réparation, et que c’est également de là que le deuxième plus grand nombre de buts sur corner ont été inscrits (2). Étant donné que seuls deux premiers contacts ont eu lieu dans cette zone (dont l’un a débouché sur un but), il semble probable que les tirs depuis l’extérieur de la surface de réparation soient davantage consécutifs à des interventions défensives sur premier ballon destinées à éloigner le danger. Cela met en lumière l’importance du rôle des joueuses offensives placées aux abords de la surface de réparation.
Sur les corners en cloche, l’équipe en attaque est surtout arrivée la première sur le ballon à proximité de la surface de but, alors que les centres tendus n’ont jamais atterri dans cette zone.
Notre Groupe d’étude technique a choisi quelques vidéos pour illustrer certaines des conclusions de son analyse sur les buts inscrits sur phases arrêtées au cours de la compétition.
Dans la vidéo 1, le corner sortant tiré par le Japon atterrit à hauteur du deuxième poteau, entre la surface de but et le point de penalty. L’arrière latérale droite Mitsuki Ota (n°4) s’élève, arrive la première sur le ballon et marque sur une phase 1.
Dans la vidéo 2, le positionnement des Nigerianes semble annoncer un corner court et débouche sur un but au terme d’une combinaison manifestement travaillée à l’entraînement. La défenseure centrale Hannah Ibrahim (n°4) fait mine de s’élancer depuis la limite de la surface de réparation, mais c’est une feinte destinée à emmener sa vis-à-vis afin de libérer de l’espace pour permettre à Faridat Abdulwahab (n°5) de faire un appel pour recevoir la passe et marquer sur une frappe lointaine sans contrôle.
Dans la vidéo 3, l’Angleterre joue un corner court qui lui offre un deux contre une sur l’aile, dans la mesure où le Kenya n’a envoyé qu’une défenseure vers le poteau de corner. Après un débordement, le centre à ras de terre parvient jusqu’à Laila Harbert (n°4), qui contrôle le ballon avant de frapper au but.
Enfin, la vidéo 4 montre un exemple de combinaison novatrice proposée par la Pologne. Dans la configuration initiale de l’équipe, une joueuse se trouve dans la surface de but à proximité de la gardienne adverse, une autre se place à la limite de la surface de réparation et quatre joueuses se positionnent le long de la ligne de but au-delà du deuxième poteau, c’est-à-dire hors du champ de vision de la gardienne, qui ne peut donc pas anticiper leurs déplacements ni prédire la trajectoire du centre. Alors que le ballon se dirige vers le deuxième poteau, les quatre joueuses offensives viennent occuper la surface de but. C’est une défenseure qui arrive la première sur le ballon, mais la présence massive des Polonaises dans la surface de réparation leur permet de récupérer le ballon et de tirer. Seul le positionnement défensif judicieux des Japonaises leur permet d’éviter d’encaisser un but sur l’action.
Points à retenir
Les coups de pied arrêtés dans le dernier tiers du terrain offrent toujours une possibilité accrue de se procurer des occasions de but. Au cours de la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA, République dominicaine 2024, les équipes ont exploré des tactiques novatrices pour tirer parti de ces actions. Au-delà des différentes variations, certaines tendances clés ont émergé :
- Les corners ont proportionnellement généré plus de buts que les coups francs (3,5% contre 2%).
- 11 des 13 buts inscrits sur coup de pied arrêté on été marqués en phase 1 (85%).
- Ce sont les corners sortants qui ont davantage permis à l’équipe à la manœuvre d’arriver en premier sur le ballon et qui ont le plus débouché sur des tirs en phase 1.
- Les corners en cloche ont entraîné le plus grand nombre de tirs et le taux de conversion en but le plus élevé.